Ode à ma famille

Pour la première fois, je reçois un appel à mauvaise nouvelle inattendu; ici, à Copenhague, mon téléphone sonne rarement, et s’il sonne, c’est un numéro local qui a composé le mien. Hier, un numéro français s’affiche sur mon écran, je le reconnais, c’est Maman. Ma grand-mère est décédée hier matin, le 13 octobre 2014; selon les infirmières de sa maison de retraite, elle n’a pas souffert. Son visage était détendu lorsqu’elles l’ont retrouvée dans son lit, comme endormie. Elle souffrait de cette terrible condition qu’est la depression, et d’une maladie cousine de Parkinson, une maladie neurodégénérative, c’est-à-dire qui amène à la mort progressive de neurones responsables de notre motricité; et tandis qu’on peut vivre avec Parkinson pendant des années, on ne peut pas vivre comme elle l’a fait ces 18 derniers mois, dans la souffrance et faisant l’experience d’une dégradation physique si rapide. Peu importe où elle est maintenant, j’ose espérer qu’elle repose plus en paix qu’elle ne l’a été ces derniers mois.

Cela me parait fou à l’instant de penser que lorsque l’on meurt, on disparait complètement. On n’existe plus. Cela me parait complètement irréel, qui plus est douloureux, de penser qu’après tant d’aventures, du fétus jusqu’à la dernière bouffée d’air, jusqu’au dernier battement de coeur, on cesse d’être. Et peu importe la relation que l’on a eu la chance ou non de partager avec la personne désormais loin, la mort est un sujet qui touche n’importe quel être vivant; et dotés de la capacité à penser, nous, humains, ne pouvons nous empêcher de questioner cette étrange étape de la vie, aussi paradoxale et mystérieuse qu’elle puisse paraître.

Je me suis réveillée ce matin avec l’étrange sensation d’être perdue, désorientée. J’ai fait quelques cauchemars, dans lesquels l’un ou l’autre membre de ma famille se trouvait au bord de la mort aussi, et ma matinée a été faite de larmes et de pensées noires, tristes, et pour le moins intenses. Il y a quelques années, la mort me terrifiait. Mes cauchemars les plus noirs m’amenaient sur le pas de ma porte pour découvrir que ma maison avait été brûlée, et mes proches disparus. Aujourd’hui, avec les années, je suppose que cette idée disparaît naturellement, de pair avec une certaine naïveté, et pourtant. Et pourtant, la vie reste tout aussi fragile, et s’il n’est pas raisonnable de vivre avec la peur de mourir à l’esprit, il est tout à fait justifié de vivre en ayant conscience que chaque battement de coeur, chaque rire, chaque larme, chaque expérience, chaque aventure est précieuse.

dove flying above sea

(SOURCE)

Et il y a quelque chose de plus fort lorsqu’il s’agit de famille. Je ne saurais vraiment l’expliquer, suis-je trop sensible ou perchée sur ma planète, je ne sais pas, mais j’ai l’impression que les gènes que je partage avec mes parents, mes soeurs, ma grand-mère, mes oncles, tantes, cousins, nous rapprochent. Ces liens sont précieux, et parce que les kilomètres nous séparent, parce que nos trains de vie en décident autrement, ces liens ne sont pas palpables au quotidien.

Puis-je dire que je trouve la situation dommage, je ne pense pas; chacun est libre de faire ses choix, chacun doit suivre ses envies, ses rêves, aller au bout de ses projets et plans d’avenir. Parfois, nos rêves nous séparent. Et malgré les dispositions du monde dans lequel on vit, c’est-à-dire, avec un accès à internet relativement facile, des aéroports et gares accessibles, nos liens ne sont pas plus palpables.

Alors aujourd’hui, en hommage à ma grand-mère, Mamouna pour ses petits enfants, je vous annonce que par la pensée, par les gènes peut-être aussi, vous êtes avec moi et il est impossible d’oublier que vous êtes là. Il est impossible d’oublier que vous êtes précieux et importants. Aujourd’hui les mots me manquent un peu, mais en l’honneur de ces gènes qui nous lient, où que vous soyez, recevez mon affection, mon amour, réellement, et mes pensées.

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